Des images de randonnée, de bivouac et de sorties entre amis ont circulé sur les réseaux sociaux avec une même formule : « On arrive ». Elles répondent à des publications racistes qui contestent la présence de personnes racisées en montagne. Derrière cette séquence, il y a des marcheurs et marcheuses qui montrent simplement leurs itinéraires, leurs camps et leurs paysages, mais aussi des expériences plus difficiles, faites de commentaires hostiles, de regards insistants ou de soupçons.
En bref
- La tendance « On arrive » répond à des publications racistes visant la présence de personnes racisées en montagne.
- Des témoignages décrivent des regards insistants, des soupçons et des commentaires racistes, en ligne comme sur les sentiers.
- Les images de randonnée et de bivouac publiées sur les réseaux rendent visibles des pratiques de montagne déjà présentes.
La polémique est partie d’une vidéo TikTok associant un paysage de montagne à un message raciste évoquant un endroit sans « wallah, wesh, mashallah ». La publication a été supprimée après avoir suscité de nombreuses réponses de personnes racisées partageant leurs propres sorties, comme le relate cet article consacré aux réponses de randonneurs racisés. Les vidéos publiées en réaction montrent des personnes noires, arabes ou musulmanes en randonnée et en bivouac, dans des scènes ordinaires de pratique de la montagne.
Une présence rendue visible face aux discours d’exclusion
La formule « On arrive » est devenue le signe de cette réponse collective. Elle apparaît sous des contenus qui montrent des groupes sur un sentier, une halte près d’un lac ou l’installation d’un campement. La montagne n’est pas mise en scène comme un décor abstrait : elle est parcourue, habitée le temps d’une sortie et partagée par des pratiquants aux parcours variés.
Ces publications prennent place après des vidéos et des commentaires présentant certains mots, certaines tenues ou certaines origines comme incompatibles avec les espaces naturels. Le texte consacré à la tendance « On arrive » rappelle que cette réponse vise des discours racistes et islamophobes qui cherchent à effacer symboliquement des jeunes racisés de la montagne.

La séquence ne se limite donc pas à une controverse en ligne. Elle renvoie à la place que chacun peut avoir sur les chemins, dans les refuges ou lors d’une nuit dehors. Les pratiques regroupées dans les loisirs à la montagne reposent sur des expériences diverses : marche à la journée, itinérance, bivouac ou découverte d’un massif. Les images partagées par les participants à la tendance rappellent que ces pratiques existent déjà chez des personnes que certains discours voudraient tenir à l’écart.
Des réactions qui ne s’arrêtent pas aux réseaux sociaux
Les attaques en ligne font écho à des situations vécues sur le terrain. En 2024, Omar avait publié une vidéo dans laquelle il invitait ses abonnés à quitter leur quartier pour faire de la randonnée. Des commentaires racistes avaient alors affirmé qu’il n’était pas le bienvenu dans cet espace. Après une autre vidéo montrant une rivière et des montagnes, il a encore reçu des messages racistes.
Les récits réunis dans l’enquête sur l’expérience de randonneurs racisés en montagne décrivent aussi un sentiment d’être observé et la nécessité de démontrer sa place sur les sentiers. Ces témoignages ne racontent pas une seule situation type. Ils font apparaître des moments où l’attention portée à une personne ne concerne plus son itinéraire ou les conditions de la sortie, mais son apparence, son nom ou sa tenue.
La suspicion dans les gestes les plus ordinaires
Kovana évoque des remarques qui lui sont adressées lorsqu’il campe. Des personnes lui demandent parfois s’il a prévu de gérer ses déchets, comme si le respect du lieu devait être établi avant même que son comportement ne le montre. Le sujet n’est pas la nécessité de préserver les espaces naturels, qui concerne tous les pratiquants, mais la manière dont cette exigence peut être formulée à son égard comme une présomption.

Imen, membre des Hijabeuses et pratiquante de sports de plein air, raconte pour sa part que les personnes portant le foulard peuvent faire l’objet de regards insistants sur les sentiers. Ces situations modifient la manière d’aborder une sortie : au-delà du choix d’un parcours ou d’une nuit en refuge, il faut composer avec l’idée que sa présence peut être questionnée.
Des parcours de montagne qui ne se ressemblent pas
L’accès à la randonnée passe souvent par une première invitation, une sortie avec des proches ou une découverte tardive d’un massif. Le texte publié autour de « On arrive » insiste sur cette familiarisation progressive avec les itinéraires, le matériel, les refuges et le bivouac. Il évoque également le coût que peuvent représenter certains équipements et séjours.
Ces écarts de parcours ne disent rien de la légitimité d’une personne à marcher en montagne. Ils expliquent en revanche pourquoi les codes supposés évidents pour certains ne le sont pas nécessairement pour tous. Les images publiées dans le cadre de la tendance montrent des pratiquants qui acquièrent et partagent ces repères à leur manière, entre amis, en groupe ou au fil de leurs sorties.
Montrer des pratiques déjà présentes
La réponse apportée par « On arrive » repose d’abord sur la visibilité. Les vidéos montrent des randonneurs qui avancent sur un chemin, montent une tente ou profitent d’un panorama. Elles ne cherchent pas à justifier une présence : elles la donnent à voir. Face aux messages qui voudraient réserver la montagne à certains profils, ces publications rappellent que les sentiers sont déjà parcourus par des personnes aux histoires, aux habitudes et aux visages multiples.
Photo à la une. Source: Pexels. Attribution: Jane Alexandre. Licence: Pexels License.
