Aux atolls d’Entrecasteaux, 40 000 tortues vertes pondent sur des plages fermées au public
À plus de 650 km de Nouméa, une réserve fermée au public accueille l’une des grandes pontes de tortues vertes du monde, suivie par le WWF et le parc marin.
Aux atolls d’Entrecasteaux, en Nouvelle-Calédonie, une expédition scientifique de dix jours a suivi la ponte des tortues vertes dans une réserve où nul ne peut débarquer sans autorisation, raconte le magazine GEO, dans un reportage publié en octobre 2026.
En bref
- Les atolls d’Entrecasteaux sont fermés à tout débarquement, sauf missions scientifiques autorisées par le gouvernement calédonien.
- De novembre à février, des dizaines de milliers de femelles reviennent pondre sur Huon, Fabre et le Leizour.
- Une étude lancée en 2025 mesure la température des nids, qui influence le sexe des bébés tortues.
- Depuis octobre 2025, la tortue verte n’est plus classée menacée d’extinction selon l’UICN.
Un archipel du bout du monde, fermé aux visiteurs
Pour le voyageur habitué aux sentiers, la destination fait rêver mais reste hors d’atteinte. Ces îles basses et sableuses se trouvent loin au nord de la Grande Terre, au sein du parc naturel de la mer de Corail. Pêcheurs, caboteurs ou simples curieux n’ont pas le droit d’accoster, ni même de s’approcher. Les seules exceptions concernent les missions de recherche munies d’une dérogation spéciale délivrée par le gouvernement de Nouvelle-Calédonie.
Cette rigueur s’ajoute à une reconnaissance internationale ancienne : la réserve d’Entrecasteaux figure au patrimoine mondial de l’humanité depuis juillet 2008.
Des nuits de ponte sur des plages minuscules
Chaque année, entre novembre et février, quelque 40 000 femelles regagnent les plages où elles sont nées pour y déposer leurs œufs, en particulier sur les îles du Leizour, de Fabre et de Huon. Ce dernier îlot ne dépasse pas 2,5 km de longueur pour 200 m de largeur, et culmine à peine à 7 m. Sur ce ruban de sable, l’intensité surprend.
« Au plus haut de la saison, on compte jusqu’à 400 pontes par nuit. »
Marc Oremus, chef de l’antenne WWF de Nouvelle-Calédonie
Creuser un nid n’a rien d’anodin pour ces animaux qui approchent les 200 kilos. Ils doivent ramper assez haut sur la plage pour que la marée n’emporte pas la ponte. Le moindre défaut fait échouer l’effort, selon Julie Pezin, chargée des projets marins au WWF Nouvelle-Calédonie : « Si les conditions ne sont pas bonnes, si le sable est trop fin ou trop sec, si elles sont dérangées, elles retournent aussitôt à la mer et doivent tout reprendre à zéro. »

La chaleur du sable joue aussi un rôle décisif, car elle oriente le sexe des petits : passé 28,6 °C, les naissances de femelles deviennent plus nombreuses.
Dix jours de terrain sous dérogation
L’étude, lancée en 2025, doit établir l’état de conservation des tortues vertes de l’archipel. Elle relève du programme de suivi de la mégafaune du parc, financé entre autres par l’État, par l’Office français de la biodiversité et par l’IRD, avec le concours du WWF-France et des autorités de Nouvelle-Calédonie. Une dizaine de chercheurs et de membres du WWF ont vécu dix jours à bord du Nautilus 360, un catamaran de 24 mètres. Sur place, le travail suit une méthode précise :
- retrouver les nids grâce au GPS, à des piquets puis au détecteur de métaux, en creusant parfois au-delà d’un mètre ;
- extraire les thermomètres enfouis trois mois auparavant ;
- compter les coquilles d’œufs laissées dans les nids ;
- observer la sortie des bébés tortues.
Les équipes ont aussi des consignes strictes : ne pas déranger les oiseaux, ne pas fouler la végétation où ils couvent, et ne rapporter aucun grain de sable ni coquillage.
Une espèce qui reprend des forces
Pour l’UICN, l’augmentation des effectifs tient à la protection des sites de ponte, au combat contre le braconnage et à la baisse des prises accidentelles. Depuis octobre 2025, l’espèce ne figure plus parmi celles menacées d’extinction. Maële Brisset, qui pilote le volet scientifique du parc marin au sein du service chargé aussi de la pêche, fait le même constat sur le terrain : « Depuis que l’accès aux îlots est strictement réglementé, la fréquentation des tortues vertes est en nette augmentation. »
Les tortues ne sont pas seules à profiter de cette tranquillité. L’archipel héberge une trentaine d’espèces de mammifères marins, parmi lesquels dugongs, baleines à bosse et grands requins, ainsi qu’environ 30 000 couples d’oiseaux marins qui s’y reproduisent.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : GretelW. Licence : CC BY-SA 4.0.